La manif pour tous (mais pas pour toutes)

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Depuis qu’on a un nouveau pape qui s’appelle comme le président, je n’avais rien à raconter et surtout pas envie de hurler avec les loups. Ou à la limite, juste pour applaudir le plan com’ de l’Église qui se trouve un pape des pauvres en pleine crise financière, bravo les mecs, on sent que ça a bouillonné sous les kippas (m’emmerdez pas avec le chapeau officiel de la variété « je bouffe un bout de prophète sans levain tous les dimanches », je m’en cogne). Si les cathos n’avaient pas absolument tenu au schisme en 1054, ils auraient même pu se trouver un pape grec ou chypriote pour en rajouter dans le symbole absolument pas voyant. Enfin, si François s’occupe aussi bien des pauvres que notre François élyséen, il ne faudra pas s’étonner si les boutiques concurrentes voient affluer les chalands.

Idem pour Sarko: quoique ses ennuis judiciaires et l’incroyable mauvaise foi de l’UMP soient du comique le plus achevé, on sait qu’au fond il y a peu de chances qu’on le mette en cabane. Et quand bien même, vu ses modestes mensurations, il ne serait pas plus à l’étroit que vous et moi dans un 50 m². Vu la vitesse d’exécution de la machine judiciaire, il aura même tout le temps de redevenir président, (et je veux bien mettre une piécette sur son axe de campagne: « je suis le président des pauvres, et comme vous je suis une victime du système ») et de se prémunir des poursuites des juges tous forcément communistes pendant cinq ans de plus. On relèvera juste l’aveu de l’UMP qui accuse Hollande de faire juger « le seul candidat capable de le battre en 2017 », et qui dénote bien à quel point les glands du parti au chêne ont une piètre estime d’eux-même.

Et puis bon, voila encore la Manif pour Tous et la trombine  chiffonnée de Frigide Barjot qui  m’évoque plus l’Egypte antique et ses momies que la fraîcheur virginale de la daronne présumée du petit Jésus. Croyez m’en, si Newton avait vu les cernes de Mme Barjot, il n’aurait pas eu besoin de se prendre une pomme sur le cigare pour comprendre l’attraction universelle. Mais je digresse.  A titre personnel, comme sur l’échelle de l’estime, je place la flicaille à peu près au même rang que les tripes à la mode de Caen et la gastroentérite, je ne me réjouis pas que Christine Boutin et ses amis déficients intellectuels se soient fait cogner comme de vulgaires sans-papiers ou de repoussants syndicalistes. Certes, le troupeau réactionnaire (comme le sont tous les troupeaux) connaît désormais le parfum musqué de la bombe lacrymogène et la brûlure du tonfa sur les côtes, mais ce n’est pas parce que nos frères chrétiens sont débiles qu’ils ne connaissent pas la douleur. Et ce n’est pas parce que leur superstition fait de la douleur un mode de vie qu’il faut les encourager dans le masochisme. Même s’ il faut l’avouer, pour des gens qui admirent un quidam qui s’est fait crucifier et latter la gueule dans tous les sens par les CRS de l’époque, ils sont un peu douillets, au point d’envoyer leur innombrable et vilaine progéniture en première ligne.

C’est à ce moment que tout ce cirque a commencé à me courir sur le haricot. Non que je craignais pour les bambins, car le bon CRS sait reconnaître le futur électeur de droite. Et c’est pitié de le dire, je soupçonne les roussins d’être plus malins que les manifestants. Mais qu’est-ce que ces gens nous emmerdent, avec leur sacro-sainte famille! Ils intiment Hollande de s’occuper du chômage, mais pas un seul de ces abrutis ne bougera son cul plein de mauvais gras et d’agneau pascal aux hormones pour défendre l’emploi. La plupart d’entre eux se contente de voter pour un bonhomme qui promet de remettre les assistés au turbin, cependant qu’eux-même se gavent d’allocations familiales pour que Bobonne se sente épanouie au foyer entourée de ses poussins. Par contre, pour rester à la tête d’un cheptel de rejetons décérébrés par la discipline et élevés au conte de fées plurimillénaire comme le poulet au maïs OGM, les gars sont prêts à élever des barricades. Si on les énerve encore un peu, tu vas voir qu’ils vont réclamer le retour à la monarchie!

Le problème là-dedans n’est pas tant qu’ils défendent leur mode de vie, après tout leur culte est fondé comme je le disais plus haut sur le masochisme et la pulsion de mort agrémentée d’une bonne dose d’hypocrisie, si ça les excite, grand bien leur fasse. Le problème, c’est que leur modèle de famille, c’est un modèle asservissant pour les femmes en premier lieu. Bien malins d’avoir placé Frigide Barjot à la tête du mouvement, mais l’homophobie dont ils se défendent maladroitement est une modalité de leur détestation des femmes libres en particulier et de la liberté en général. Les mecs qui ont inventé ce truc se détestaient (Paul de Tarse tout le premier, si vous voulez savoir), et ils se sentent obligés de trouver « contre-nature » tout comportement qui s’éloigne du bon vieux missionnaire dans le noir complet entre un homme, un vrai et une femme, une vraie. Là où ils sont très fort c’est qu’il y a des femmes qui trouvent classe d’être des pondeuses inféodées à un chef de famille, seules habilitées à donner la vie et la becquée à leur progéniture. Si vous trouvez que j’exagère, jetez un coup d’œil aux calicots des manifestants: ils sont plus inquiets de la perspective de confier un enfant à deux papas qu’à deux mamans. Parce que bon, les lesbiennes, c’est dégueulasse, mais ya l’instinct maternel, tu vois. Mais va leur expliquer que le mariage n’est pas naturel mais complètement culturel….

Du coup, tous ces braves gens me font peur en même temps qu’ils me désespèrent. Ne parlons même pas de la droite qui a tenté tant bien que mal de récupérer le mouvement tant elle n’a rien d’autre à raconter vu qu’Hollande poursuit avec une remarquable constance l’œuvre sarkozyenne. S’ils daignaient ouvrir un livre d’anthropologie, même de vulgarisation, ils sauraient que le modèle familial « papa-maman-lardons » n’a rien d’universel. Nombre de sociétés ont confié la marmaille aux bons soins de la communauté sans lui coller un acte de propriété sur la tronche (ou de traçabilité, pour faire plaisir à Sarko) et sans que quiconque en soit traumatisé. Mais nos amis cathos, à peine remis du fait que la Terre soit plate et pas encore très au fait de la théorie de l’évolution, seraient capables de regarder Lévi-Strauss et ses successeurs avec un froncement de sourcil et de lui reprocher de cautionner le comportement de ces sauvages qui vivent à moitié à loilpé dans la jungle. Comme Claude Guéant, ils craignent pour notre civilisation avant laquelle, comme chacun sait, le bonheur n’existait pas.

Je n’arrive toujours pas à me réjouir du fait que les CRS leur aient mis sur la gueule. Je serai en revanche bien content le jour où ils arriveront à garder leur vision du monde archaïque pour eux, ou mieux encore, à s’en passer. Comme Bernard Lacombe, le gros con qui « refuse de parler de foot avec des femmes et qui les laisse à leurs casseroles ». J’espère que tu seras condamné aux tripes à la mode de Caen en conserve et à une éternelle gastroentérite, mon pote.

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