DROITE ET JUSTICE NE RIMENT PAS

 

La récente sortie de Brice Hortefeux pour soutenir des fonctionnaires d’état a déjà fait couler beaucoup d’encre .Ahhh si la droite soutenait pareillement tous les fonctionnaires méritants… Il prenait faits et causes pour des policiers coupables de fausses déclarations en vue d’incriminer un homme qu’ils poursuivaient pour les blessures qu’un policier avait subi dans unecollision avec un autre véhicule …de police. En plus de cela (ce qui se suffit déjà à en faire des ripoux et à mettre en lumière les pratiques de notre police) ils se sont rendus coupables de violence envers l’homme poursuivi. Banal quoi…

Une vieille histoire

Leur condamnation n’a donc rien d’infamant, bien au contraire. Il peut sembler rassurant de voir que la justice sait encore ramasser les déchets derrière la police et on espère qu’il en sera ainsi dans l’affaire du drapeau anti-nazi à St Symphorien.

Mais revenons en aux rapports entre la droite décomplexée et la justice ces dernières années.

Passons sur les avalanches de non-lieu dans beaucoup d’affaires, ce n’est pas le sujet ici. Parlons plutôt des rapports qu’entretient l’UMP avec la justice ; car le dérapage scandaleux de Brice l’auvergnat n’est que le dernier acte d’une séparation des pouvoirs de moins en moins évidente.

On peut commencer par évoquer la fin programmée des juges d’instruction, véritable rempart contre l’ingérence d’un parquet aux ordres du politique. Bien pratique pour étouffer les affaires gênantes.

En réalité, les rapports entre le pouvoir, Sarkozy en tête et la justice se sont tendus depuis 2005. A l’époque , souvenez-vous, notre populo et encore populaire ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy s’insurge suite à la mort de Nelly Cremmel tuée par deux hommes alors qu’elle effectuait son jogging dans une forêt de Seine-et-Marne. Quand il apprend que l’un des tueurs est en liberté conditionnelle, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, interpelle le garde des Sceaux, Pascal Clément: « Que va-t-il advenir du magistrat qui a osé remettre un monstre pareil en liberté? » Cette question pose celle de la responsabilité des magistrats. Seulement Sarkozy semble feindre d’ignorer que la décision collégiale de remise en liberté est juridictionnelle et, à ce titre, peut difficilement déboucher sur une mise en cause des magistrats…qu’importe : soutenu par l’opinion publique bêlante, Sarko triomphe dans les sondages…

Présomption d’innocence bafouée et « juges laxistes »

En 2003, annonçant la capture d’Yvon Colonna Sarko n’hésite pas à bafouer sans vergogne la présomption d’innocence  » la police française vient d’arrêter Yvon Colonna l’assassin du préfet Erignac » ; pour un peu on le pendait de suite sur une branche du marronnier du village…un tel mépris des règles de droit, ça la fout un peu mal pour un ministre , avocat qui plus est…

Quelques années plus tard , en septembre 2006, dans la fougue peu emprunte d’un souci de vérité qui le caractérise, Sarko se laisse aller en qualifiant les juges pour enfant de Bobigny de « laxistes » . Pour quelqu’un qui pense qu’à 3 ans on peut déjà être un délinquant finalement , ce n’est pas si étonnant.

En 2009, une grave crise secoue le Conseil Supérieur de la Magistrature qui parle de crise institutionnelle suite à la mutation-sanction de Marc Robert , procureur général de Riom et accessoirement dernier procureur a avoir été nommé par un gouvernement de gauche. Pour cette mutation, le CSM accuse Rachida Dati fraichement débarquée au profit d’Alliot Marie d’avoir utilisé un faux , en l’occurrence un procès verbal d’une séance du CSM, signé par Dati , qui laissait entendre qu’un avis favorable avait été donné pour la mutation de Marc Robert alors que ce point avait été retiré de l’ordre du jour.

De Villepin au croc de boucher et les mensonges d’Hortefeux

En septembre 2009, Sarkozy s’assoit à nouveau sur la présomption d’innocence dans l’affaire Clearstream :


Sarkozy s’assoit sur la justice
envoyé par ensemble-avec-villepin. – L’info internationale vidéo.

Un bien affligeant exemple du président de la république en même temps qu’une façon détournée de mettre la pression sur la justice.

Enfin, rappelons la magnifique défense de Brice Hortefeux s’agissant des propos racistes qu’il a tenu en septembre 2009. « je parlais des auvergants » dit-il sans rire. En droit cela s’appelle du parjure…

Deux visions de la justice qui s’opposent

En vérité, les démêlés entre la droite et la justice vient directement d’une divergence de vue entre les deux pouvoirs : la droite a trop souvent l’image dune justice laxiste car elle en oublie les fondements même du mot justice qu’elle confond avec la vengeance et la mise au ban.

La droite ne croit pas en la capacité de rédemption de l’Homme car elle n’est pas humaniste. Toute récidive lui sert de prétexte pour démontrer le bien-fondée de sa doctrine. Il faut pourtant ne pas perdre de vue que l’état ne donne pas non plus les moyens de placer les prisonniers français dans de meilleures conditions en vue de leur réinsertion ou pour leurs besoins de soins…le serpent qui se mord la queue.

En pondant des rapports tentant de démontrer qu’à 3 ans on peut déjà déterminer qui sera délinquant, la droite croit en un déterminisme qui forcément va de paire avec une fatalité qui ne croit pas en l’Homme et au libre arbitre.

Et cette droite là n’a ontologiquement parlant que peu de différence avec l’extrême droite.

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