Goodbye vieille bique

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Au moment même où j’écris ces lignes, une centaine de facétieux citoyens britanniques célèbrent comme il se doit le trépas de la vieille gargouille qui leur tint lieu de Prime Minister dans les années quatre-vingt. Compte tenu de tous les avatars que Thatcher a laissé à son malheureux pays, et dont l’actuel résident de Downing Street n’est pas le moins insupportable, nos amis d’outre-Manche vont avoir des raisons de faire la java pour un paquet d’années, et c’est tant mieux car les occasions de festoyer ne sont pas légion par les temps qui courent.

Toutefois, des quidams un peu coincés du neurone ludique ne manqueront pas de froncer le sourcil et de vous lancer la question suivante, avec toute la solennité grisâtre que requièrent les problèmes métaphysiques touchant de près ou de loin à la mort (en est-il d’autres au demeurant?): est-il bien moral de se réjouir de la disparition d’une personne, fut-elle une vieille carne acariâtre et réactionnaire comme Miss Maggie? Personnellement, je me pose bien plus de questions sur la place de l’accent circonflexe dans « acariâtre » que j’ai invariablement tendance à placer sur le deuxième « a », mais puisque la question est posée et que le froncement de sourcil réprobateur des adorateurs de Thanatos ne veut pas partir, allons-y gaiement.

J’ai envie de dire que ça dépend des circonstances du trépas de l’individu concerné. Par exemple, quand Ceaucescu ou Kadhafi se font froidement assassiner, même si j’ai du mal à me dire qu’ils vont manquer à qui que ce soit (si ce n’est à des trésoriers de campagne ici ou là) , je ne peux pas franchement dire que ma joie est sans mélange. La révolution dans le sang, très peu pour moi. Sans doute que si j’avais vécu dans une dictature, je serais moins délicat sur les questions de procès équitable même pour les ordures de cette espèce. J’ai d’ailleurs parfois moi-même des envies de meurtres dans les files des supermarchés ou à l’écoute d’Indochine, pulsions que je réprime rapidement en laissant libre cours à mon imagination pyromane. Vous ne m’enlèverez pas de l’idée qu’un incendie est autrement plus réjouissant esthétiquement qu’un trou causé par une balle ou un hématome causé par un objet contondant. Encore que si l’ennemi est bien garotté, bref je m’écarte du sujet. En bref, dans ce cas de figure, mon allégresse est légèrement teintée de mélancolie, un peu comme si Patrick Bruel arrêtait de chanter, mais pour se consacrer au cinéma.

En revanche, si le décès survient à l’issue d’une longue vie tranquille dans ses pénates comme ce fut le cas pour la momie de Grantham, Lincolnshire, (comme c’est malheureusement le cas pour l’écrasante majorité des généraux de toutes les armées du monde, pour les papes et pour d’autres emmerdeurs de toutes les obédiences) je ne vois aucune raison de contenir sa joie et de se dispenser d’arroser ça comme si on fêtait l’anniversaire d’un copain ou la rémission d’une longue maladie. D’ailleurs, le capitalisme thatchérien, reaganien, sarkozyste ou hollandiste est une maladie qu’il va bien falloir finir par éradiquer. Certes, l’exploitation ne s’arrêtera pas avec le refroidissement de Thatcher, et oui, on pourrait consacrer notre énergie à autre chose qu’à se soûler dès qu’un crétin mondain casse sa pipe. Certes, HEC, l’ENA , Sciences Po et d’autres écoles continuent à formater des jeunes gens fondamentalement pas plus cons que les autres pour poursuivre l’œuvre de rigueur qu’on nous présente comme étant la seule alternative sans avoir jamais essayé autre chose. Mais s’il faut garder son sérieux tant que la lutte n’est pas finie, autant crever tout de suite parce qu’elle ne finira jamais.

Tiens, puisqu’on parle de momies, de mourir de son vivant et de gens qui aiment verser du sang, Christine Boutin et Frigide Barjot ont encore raté une occasion de fermer leurs clapets depuis que le Sénat a validé la loi sur le mariage pour tous. La première, encore légèrement stone sous l’effet des lacrymos, estime ne plus se sentir en démocratie. La seconde, qui n’a pas dû dessaouler depuis 1980, affirme que si Hollande veut du sang, il va en avoir. Les deux harpies prétendent que les Français, dans leur majorité ne veulent pas de cette loi et que le gouvernement est passé en force. Le Sénat ne doit pas être si soumis que ça au gouvernement puisqu’il a fait passer un amendement réinstaurant la loi Ciotti qui veut priver les familles d’allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire (ce qui n’a pas l’air d’embêter Civitas et compagnie qui casent de toute façon leur progéniture dans des écoles privées de bon aloi). Mais vraiment, j’ai de plus en plus de mal à suivre ces gens.

Je peine à comprendre comment on peut prétendre défendre la vie et les droits de l’enfant en célébrant un martyr par jour, en adorant un prophète qui s’est fait clouer à deux planches de cèdre parce qu’il faisait des tours de magie, qui est mort, puis ramené à la vie et dont on ignore absolument tout du reste de l’existence (peut-être a t-il fini bandit de grand chemin, maquereau, champion de bowling, ou n’importe quoi d’autre de pas catholique); comment peut-on brandir l’étendard de la démocratie quand on croit à un fantôme qui est sûrement la pire saloperie de dictateur imaginaire bien planqué dans son paradis céleste; comment on peut s’arroger le droit de dire le bien et les conditions du bonheur terrestre quand on s’épanouit dans les passions tristes, bien à l’abri de la lumière dans des églises qui feraient passer Jean-Louis Murat pour un adorateur de Patrick Sébastien. Que tous ces gens cuvent leurs désirs morbides dans leur coin, et qu’ils entretiennent leur dépression chronique entre eux, grand bien leur fasse. Mais puisqu’ils aiment tant la démocratie, qu’ils se servent de leurs cartes d’électeurs et de leurs droits civiques au lieu de brailler à la traîne de la secte Civitas et des gogols du GUD. D’ailleurs, je suis à peu près certain qu’il existe des catholiques homosexuels qui aimeraient bien se marier, et même à l’Eglise. Pourquoi on les entend moins que tous les énervés du culte, c’est pour moi un mystère aussi épais que l’obsession catho pour la virginité de Marie, d’Ursule et ses 10999 copines et pour d’autres fariboles bibliques.

Pour conclure, je ne souhaite la mort de personne, ni de Boutin, ni de Copé, ni de Cameron, ni de Kim Jong Un, bien qu’ils nous chient dans les bottes avec une ardeur surprenante pour des constipés pareils. Et puis la mort, c’est le seul horizon métaphysique dont on dispose, et la seule vraie raison de profiter de notre courte existence autant que possible. Après, pas de quoi en faire un plat: on fait de l’humus, on répand nos molécules à droite et à gauche, et personne ne nous attend à l’entrée d’un guichet dans les nuages pour nous faire le chapitre sur nos vies de cons. C’est pourquoi, même si je souhaite une longue et heureuse vie à tous les personnages cités dans cet article, je commence quand même à stocker du rosé au cas où ils claqueraient avant moi.

One thought on “Goodbye vieille bique

  1. Je ne me réjouis pas vraiment non plus de la mort de la « vieille bique ». Pas plus que du coût de son enterrement à 12 millions d’euros d’argent public (le prix d’un Iphone en Chine ou plus concrètement près de 9 siècles de salaire net d’un smicard anglais).

    Je suis plus chagriné par les deux mille trois cents personnalités, représentant cent soixante-dix pays, qui sont venues à la cérémonie. En bilan carbone, l’enterrement a été une vraie boucherie environnementale. Enfin heureusement que ses potos américains (les Nancy Reagan et Bush) sont dans la semoule et se sont fait porté pale. Cela aurait rajouté, pour pas grand-chose, au réchauffement climatique et à l’atmosphère nauséabonde autour de St Paul de Londres.

    En guise de commémoration, je boirais quelques pintes de Bishops Finger (Une bière blonde anglaise aux saveurs douces-amères uniques et brassée depuis 1698) en pensant aux mineurs anglais David Jones et Joe Green, Bobby Sands et ses potes mort de faim en prison bien avant leurs 87 ans .Nous le savons, la camarde est injuste dans ses choix et ceux qui se sont occupés de la « vieille bique » ont encore fait grimper les enchères.

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