Le point Godwin-Ramsey

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Vous connaissez tous, ou vous avez sans doute entendu parler du fameux « point Godwin » (merci de garder vos blagues sur le point G pour vous, on n’est pas chez Laurent Ruquier ici). Si vous l’ignorez encore, le point Godwin est le moment où dans une conversation, généralement houleuse, un belligérant à court d’arguments va se sentir obligé de parler du nazisme. Exemple tiré d’une saynète de la vie quotidienne, pour l’illustration et la bonne compréhension du propos:

Madame: « Chéri, tu voudrais bien aller acheter des carottes pour le pot-au-feu?

Monsieur: Mais enfin, Moumoune, il y a Auto-Moto qui va bientôt commencer, et tu sais que j’aime à voir le reflet du soleil sur l’enjoliveur de la nouvelle Citroën. En plus, c’est une spéciale hôtesses du Mondial du 4×4.

Madame: Bon, je vais y aller moi-même, mais tu pourrais au moins éplucher les patates?

Monsieur: Saperlipopette et corne de zébu,  mais l’honnête homme ne peut-il donc plus regagner ses pénates et goûter à un repos bien mérité sans se faire harceler sans répit par la ménagère de moins de 50 ans et ses petits travaux dérisoires? Cela me rappelle des heures sombres de notre Histoire! Attention, Bernadette, à force de vouloir me libérer par le travail, tu vas droit vers la collusion avec l’extrême-droite!

Madame: Point Godwin! Salopard, je retourne chez ma mère, Rodrigo! Adios, hijo d’Eric Zemmour! »

Cet exemple n’est peut-être pas très parlant, donc si vraiment vous n’avez toujours pas compris ce qu’est le point Godwin, allez voir sur Wikipédia. De toute façon, ce n’est pas exactement le sujet. Je m’explique: les roussins ont coincé le skinhead qui a tué Clément Méric. Il se trouve que le crâne d’œuf en question était à la colle avec une dénommée Katia, qui se prétend militante de la cause animale. Et sur les trois journaux que j’ai parcourus ce matin, tous se sont sentis obligés de préciser qu’elle est végétarienne. Je vous vois venir, les suceurs de dépêches AFP, avec vos gros sabots. Je vous vois venir, parce que depuis longtemps, à chaque fois que la conversation roule sur le végétarisme, le végétalisme le crudivorisme et autres régimes sans viande, il y a toujours un imbécile heureux pour asséner d’un ton péremptoire, comme si l’assertion valait démonstration, qu’Hitler était végétarien (ce qui reste à prouver). Et les cons de plumitifs cités plus hauts n’ont pas pu s’empêcher d’emboîter le pas (de l’oie) à ce remarquable crétin.

Et si tonton Adolf avait été gaucher, vous seriez-vous sentis autorisés à affirmer que tous les gauchers sont des nazis? Sous prétexte que Marc Dutroux est belge, cela revient-il à dire que tous les Belges font du compost avec les enfants? Sous couvert que Brigitte Bardot défend aussi les animaux, est-ce à dire que toutes les vieilles toupies fripées et aigries militent à PETA, à la LPO ou au WWF?

Évidemment, il y a des nazis végétariens. Il y a même des nazis journalistes, puisque Minute et Rivarol ne s’écrivent pas tout seuls. Seulement, il serait de bon ton de bien vouloir s’expliquer quand on fait des rapprochements aussi douteux. Est-ce que je dis que Métro et 20 minutes, c’est la même merde avec un emballage à peine différent, moi? Oui je le dis, mais je ne suis pas journaliste, donc j’ai le droit d’être con dans ma chronique. Sous-entendre qu’être nazi ou végétarien, ça va ensemble, c’est aussi absurde que de dire que l’extrême-droite et l’extrême gauche, c’est la même chose.

D’un côté, on a des gens qui aiment les animaux, mais seulement par pure misanthropie. Ça leur est bien égal que la moitié du monde crève, ils n’avaient qu’à être français, hétérosexuels, blancs et catholiques (et se bouger le cul au lieu de traîner au RSA). Ce sont également des gens qui peinent à envisager que l’homme aussi est un animal, et qu’il faudrait aussi le prémunir des agressions de son principal prédateur (l’homme) plutôt que de trier entre « bons » et « mauvais » ou « purs » et « impurs » comme on le fait avec des chevaux de courses ou des chiens « de race »; et des gens qui parfois usent de leur amour des animaux comme d’un ultime motif de discrimination.

De l’autre côté, il y a des gens qui refusent simplement la cruauté, sous toutes ses formes. Parmi eux, il y a plusieurs chapelles: il y a ceux qui aiment les animaux d’un amour chrétien, bien intentionné mais un peu gnangnan; il y a ceux qui ont le végétarisme et l’anti-spécisme politiques, qui ne sont pas les derniers à prendre des points Godwin; il y en a d’autres qui n’ont pas forcément de convictions politiques et qui sont juste soucieux de la sauvegarde de l’environnement. Même parmi les nazis végétariens, tous ne le sont pas par conviction politique.

Je propose donc de nommer cette fâcheuse manie d’associer végétarisme est nazisme soit appelée « le point Godwin-Ramsey » du nom du connard qui joue au nazi en cuisine et qui a promis a ses enfants de les électrocuter s’ils devenaient végétariens.

Monsieur: « Ma moumoune, j’ai compris la leçon, j’ai tué une vache pour mettre dans le pot-au-feu, et j’ai écris à Denis Brogniart pour lui dire que je ne regarderai plus jamais Auto-Moto pour tes beaux yeux, mi corazon! Reviens a la casa!

Madame: « Madre de nada, tu es encore plus con que je ne le pensais, Rodrigo. Allez, retourne dans les faldas de Robert Ménard, cabron!

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