Le châtiment

Un soir où nous étions allés au ciné-club d’une capitale africaine, une fois installée dans mon fauteuil, à côté de mon mari, j’aperçus, à un rang devant moi, un couple qui retint mon attention. Un Noir au visage « clair » sans être un métis, était assis à côté de sa femme, une jeune Française à qui j’aurais donné dix-neuf ans. Elle était pâle et les yeux cernés, elle avait un air abattu et ne disait rien. J’appris par la suite que le mari était ingénieur, qu’il avait une situation extrêmement élevée et que son épouse avait effectivement dix-neuf ans.

C’est vers cette époque que j’ai relu Othello, que j’avais seulement vu au théâtre à l’âge de quinze ans. Tous les problèmes qui peuvent surgir chez les couples mixtes se trouvent exposés dans cette tragédie, avec la poésie puissamment suggestive et le réalisme saisissant du poète. Alors qu’il ne s’était jamais rendu en Afrique, seul le génie lui avait permis de pénétrer si intimement la question. On peut, à coup sûr, se référer à cette œuvre, car elle reste d’une actualité absolue. J’ai donc été dans l’admiration.

L’amour entre deux personnes de « races » différentes prouve que les sentiments ne tiennent aucun compte des préjugés. L’amour n’a pas de frontière, pas plus que de barrières raciales. C’est la preuve que le mur d’incompréhension que l’on a bâti n’a pas de consistance, que la communication, la communion des âmes peut s’établir et que les différences ne mènent pas forcément aux divergences.

Shakespeare expose ce thème d’abord avec le personnage de Desdémone, puis en contrepoint, la tirade de Iago analyse plusieurs sortes d’amour : le noble et le vulgaire. Celui de l’héroïne Desdémone est pur, élevé, innocent, total. C’est l’amour noble, qui est basé sur l’élan de l’âme. Par contre Iago dépeint la passion vulgaire, celle qui prend racine dans les sens, renforcée, dans ce cas particulier, par l’exacerbation du désir né d’une curiosité malsaine, à cause du coloris de la peau et de la différence des morphologies. Iago explique qu’une union fondée sur de telles attirances est condamnée d’avance.

De son côté, Roger Frison Roche a décrit dans un très beau roman, Djébel Amour, la réussite d’un merveilleux mariage entre une Française blanche et un Noir, il s’agit d’un fait réel, mais un tel bonheur, qui normalement devrait couronner toute passion sincère, reste l’exception.

En Afrique, trop de dangers menacent.

D’abord on se querelle au sujet de la supériorité d’une race envers l’autre. Cela n’a aucun sens. La même question se pose lorsqu’il s’agit de l’homme et de la femme.  C’est un problème insoluble. Aucun argument dans ces domaines ne peut être mathématique. Discuter cent ans à ce sujet n’avancerait à rien. Qu’il s’agisse de l’un ou ·l’autre de ces cas, je pense que ni supériorité, ni infériorité n’existent. Et l’égalité à tout prix me parait encore une utopie. Un rond est-il égal à un carré ? Il y a seulement différence, complémentarité. N’oublions pas que Dieu a les idées larges, l’uniformité doit profondément l’ennuyer. Et pour ceux qui ne croient pas en Dieu, il n’y a qu’à observer la nature : on ne voit partout que diversité et originalité. Vouloir l’uniformisation, tendance actuelle, c’est vouloir nous transformer en robots.

 

À Paris, l’ingénieur noir que j’avais remarqué au cinéma avait d’abord voulu séduire la jeune Constance avec ses paroles. Il était fier de ses propres discours. Il estimait posséder la puissance du verbe qu’il jugeait être le don d’entre les dons. Ses déclarations, disait-il, n’avaient rien à voir avec un vulgaire « baratin ». Il pensait éprouver un grand amour et considérait la jeune fille comme une déesse blonde, une idole que l’on place sur un piédestal. Ils s’étaient rencontrés dans la capitale lors d’un élégant cocktail où Constance accompagnait son frère, également ingénieur. Ignorant tout de l’Afrique, elle s’était sentie intriguée et amusée.

Elle remarqua que l’homme, étrangement nommé Claudius, était beau à sa façon avec un visage intelligent. Elle fut consciente de son immense orgueil, orgueil ethnique, car il se disait fier d’être noir, c’était tout juste s’il n’affirmait pas la supériorité des Noirs sur les Blancs, attitude affichée et cultivée par un certain nombre d’évolués. Chez les pauvres, par contre, l’opinion contraire était répandue.

Cependant Claudius ne manquait pas d’argent. Il emmena la jeune fille dans sa superbe voiture. Il lui dit que grâce à ses diplômes obtenus aux USA, il était promis à une situation très élevée, qu’il serait peut-être un jour ministre ou même chef de l’État.

« Chère Constance, dit-il, si vous acceptez de devenir ma femme, rien ne vous sera refusé. Et pour vous, la vie sera des plus douces. Votre tâche principale consistera à organiser des réceptions. Et vous pourrez vous baigner, nager, faire du tennis, monter à cheval si cela vous plait. Nous voyagerons dans le monde entier et vos robes viendront des grands couturiers. Vous pourrez tout choisir à Paris, à New York ou ailleurs, toilettes, chaussures, parfums, etc. Vous serez très bien servie par de nombreux domestiques, qui ne vous laisseront même pas porter le moindre paquet. Vous ferez donc partie de la plus haute société internationale et nous irons souvent au bal, car votre frère m’a dit que vous aimez danser. »

Étonnée qu’un Noir puisse avoir un pareil avenir, Constance se sentait ébranlée. Elle était ambitieuse et se dit que les jeunes gens de France qu’elle connaissait ne pourraient pas lui offrir une existence aussi brillante. Pas avant la quarantaine, en tous cas. L’idée d’être servie comme une princesse ne lui déplaisait pas, cela lui permettrait de prendre ses aises, de mieux savourer la vie. Claudius lui avait dit que pour l’élite, les demeures africaines, loin d’être des huttes, étaient de superbes villas climatisées entourées de jardins luxuriants, souvent avec piscine et tennis.

Finalement, ce fut quand ils dansèrent ensemble la valse qu’elle se sentit complètement envoûtée. Il dansait très bien. Il n’y avait pourtant rien d’extraordinaire pour elle de danser la valse et cela lui était arrivé avec plus d’un excellent cavalier. Mais jamais avec un Noir. Qu’y avait-il de particulier ? Elle était enveloppée dans une aura qui abolissait tout le reste et qui s’était manifestée avec la plus grande délicatesse. Cette sensation était merveilleuse. Jamais une pareille douceur n’avait pénétré son être. Elle ne voyait que sa beauté, son teint remarquablement clair, ses traits qui n’étaient pas « négroïdes », et surtout elle adorait l’extraordinaire puissance qui se dégageait de son physique d’athlète.

Quel homme était-ce donc ? Connaître avec lui l’acte d’amour mènerait à l’extase.

À ce moment-là, elle comprit qu’elle ne pouvait plus se passer de lui et qu’il obtiendrait ce qu’il voudrait.

N’ayant plus ses parents, Constance dirigeait elle-même son existence. D’ailleurs, grâce à l’héritage reçu de son père, elle vivait en célibataire dans un joli studio.  Elle était donc libre et invita Claudius chez elle.

 

Un soir, elle introduisit son amoureux dans son salon à la tombée de la nuit. L’un en face de l’autre, tous deux plongèrent dans de profonds fauteuils. Elle n’avait allumé qu’un lampadaire à l’abat-jour rose qui diffusait une douce lumière. Elle commença à parler de ses études à l’École du Louvre, qu’elle suivait en dilettante, mais qu’elle aimait toutefois.  Lui, pensait à toute autre chose. Pour passer à l’attaque, il s’approcha d’elle, mit un genou en terre comme au théâtre et l’enserra de ses bras.

« Croyez-moi, Constance, lui dit-il, la pensée de votre bonheur, je n’ai que cela en tête, c’est ce qui peut me rendre heureux moi-même. » Et il plongeait son regard dans les yeux noirs qui contrastaient agréablement avec les cheveux blonds. Puis, changeant de ton, il déclara avec autorité : « Baisez-moi la main ! »

Constance, stupéfaite, ne dit rien. C’était la première fois que lui était dévoilée une attitude purement africaine. Elle se sentit révoltée par cette brusque volonté de domination. Enfin, elle eut assez de sang-froid pour répondre :

« Mais en France, ce sont les hommes qui baisent la main des femmes !

– C’est vrai chérie, répondit Claudius, reprenant aussitôt le ton de la tendresse, tu ne peux pas comprendre. C’est que chez nous, c’est un geste qui ouvre les horizons du bonheur ! »

Alors Constance sourit et, changeant d’attitude, saisit la main de Claudius et la porta doucement à ses lèvres. Aussitôt transfiguré, le visage de l’homme s’illumina.

« Nous serons heureux, affirma-t-il avec une conviction superstitieuse. Tu viens de me le prouver. »

Dès ce moment, il sentit qu’il perdait la tête. Un désir irrésistible s’empara de lui. Il prit Constance dans ses bras. Le lit n’était pas loin. Constance était vierge. Pourtant ce fut à ce moment-là qu’elle se découvrit elle-même. Elle sut qu’elle était une de ces femmes (car il y en a) incapable de résister, une fois dans les bras d’un homme. Totalement impuissante, elle subit la souffrance, mais l’acte d’amour se prolongea étonnamment et elle parvint à une vive jouissance. Dès lors, son vouloir personnel était aboli.

Le mariage eut lieu à Paris. Le seul commentaire du frère fut : « Elle est complètement loufoque, mais elle peut bien faire ce qu’elle veut, car je m’en fous. »

Il assista tout de même à la brillante réunion mondaine qui eut lieu dans un grand hôtel, où le couple s’installa pour quelque temps.

Lui seul, ce frère, qui aurait pu la conseiller, avait une attitude qu’il croyait moderne et à la mode, mais qui s’avérait en réalité plutôt égoïste. Au début, il avait été quand même un peu étonné, ensuite il s’était dit : « Bah ! Après tout, qu’elle fasse bien ce qu’elle veut, elle est assez grande pour cela et ce n’est pas mon affaire. »

Surtout, il ne voulait aucune responsabilité.

 

Constance et Claudius formaient à Paris un couple comme un autre. Mais bientôt ce fut, en avion, le départ pour le centre de l’Afrique. La jeune femme était enchantée de partir avec son époux. Elle était curieuse de découvrir sa véritable vie future.

Se voyant bien installée, bien servie, dans un pays montagneux et superbe, Constance fut d’abord heureuse.

Mais elle n’avait pas soupçonné que la chaleur était si accablante, que dès l’arrivée à l’aéroport, les vêtements collaient au corps et semblaient insupportables. N’ayant voyagé qu’en Europe, elle n’avait jamais appris non plus que la misère pouvait être aussi criante et aussi répandue, les difformités humaines   aussi monstrueuses, la saleté dans une ville tellement repoussante.  Et le ciel, loin d’être d’un bleu éclatant comme elle l’avait imaginé, demeurait le plus souvent gris et oppressant. Les femmes blanches, au lieu d’avoir bronzé, étaient pâles avec les yeux battus.

Toutefois elle ne dit rien, en faisant tous ses efforts pour chasser la tristesse. Il est vrai que la maison et son domaine la transportaient dans une magnifique oasis entourée de grands arbres fleuris et parfumés. Et là, dans cette sorte de paradis, on faisait abstraction du reste. Constance était bonne maîtresse de maison, une petite Française énergique, elle demeura gaie, charmante, et fit tout pour rendre son mari heureux.

Malgré tout, elle était choquée. Alors qu’elle évoluait dans un milieu richissime, comment la masse de la population pouvait-elle stagner dans une aussi terrible pauvreté ? Et puis une fois franchies les limites de la ville, quelle solitude ! L’être humain n’était plus qu’un insecte misérable, enseveli vivant dans les profondeurs d’un enfer vert, d’une nature sauvage toute puissante et omniprésente. Et ces villages ! Les hommes, installés dans leurs transats, en train de fumer la pipe devant leur hutte, pendant que les femmes partaient défricher et travailler la terre. Une grosse cuvette pleine sur la tête, un enfant attaché dans le dos, souvent un autre enfant en elles, c’est ainsi qu’elles s’apprêtaient à gratter le sol, à cueillir des fruits ou à battre le linge dans un marigot. Quelle injustice ! Quelle barbarie surgie tout à coup si près de la capitale « moderne » ! L’Afrique réelle.

Et pendant ce temps, un milieu tout différent accueillait Constance. Elle était invitée avec son mari par le Président de la République et son épouse. Des grilles magnifiques formaient l’entrée d’un parc, gardées par une sentinelle armée d’une mitraillette, un géant !

Après le passage entre les fouillis des arbustes colorés, sous de grands arbres fleuris, au milieu des cactus et des plantes grasses jaillissant de poteries peintes en rouge ou bleu, ce fut le palais aux formes alambiquées, qui avait été conçu par un architecte français. Avec la nuit tombante, la façade était toute illuminée de mauve.

À l’intérieur, les murs des salles immenses étaient revêtus de marbre et habillés de peaux de panthère. Des tapis d’orient s’étalaient sur le sol. L’ameublement était luxueux, mais faisait bric-à-brac : Louis XV avec des masques africains et des curiosités de bazar.

C’était un spectacle fascinant que celui de cette foule multicolore qui se pressait dans les salons, l’œil s’attardait d’abord sur ces femmes superbes, ornées de bijoux d’or, revêtues des toilettes de grands couturiers, dont les fins tissus rouges, roses, bleus, voltigeaient. Elles étaient grandes et minces, ou bien énormes comme des tours, mais alors imposantes dans leurs robes longues. Leurs cheveux décrêpés, lisses et brillants s’étageaient en fantastiques constructions, en boucles, en chignons, en volutes, en pyramides, ils couronnaient les hautes silhouettes avec un lustre incomparable. De leur côté les hommes évoluaient en agitant leurs amples toges blanches ou bleu pâle, brodées de blanc ou d’or, qui donnaient à ces colosses une majesté certaine. Les officiers en uniforme étalaient naïvement au grand jour toute leur ferblanterie qui rutilait jusqu ‘au niveau du nombril et ceux qui avaient préféré le smoking se déplaçaient avec une allure féline. Rien ne manquait, le champagne coulait à flots dans le cristal, puis le bal s’ouvrit. Ce fut un entraînement endiablé, le règne du rythme au son des cuivres et des tambours, il possédait les danseurs noirs depuis le sommet du crâne jusqu’aux pieds. Entre leurs bras, les femmes blanches, élancées, paraissaient des lys. Mais bientôt le Président en personne n’y tint plus et s’élançant seul au milieu des valseurs, il se livra à la danse du ventre. Constance fut stupéfaite.

La jeune femme remarqua à côté d’elle un évêque noir tout chamarré qui portait au doigt un  énorme  saphir bleu pâle d’une eau admirable,  splendeur  religieuse  particulièrement choquante face à la misère, se dit-elle, mais ses réflexions furent interrompues, car son mari venait l’inviter à danser et elle s’efforça de ne plus penser qu’à lui et à s’amuser. D’ailleurs dans tout ce mouvement, elle n’eut guère la possibilité de converser avec quiconque. Mais l’occasion de parler longuement et de faire des connaissances lui fut donnée quelques jours plus tard.

En effet l’ingénieur partait en mission et elle était invitée à se joindre au cortège des femmes qui devaient accompagner la Présidente au cours d’une grande tournée à travers le pays. Ces personnes, parmi lesquelles se trouvait un nombre important de blanches, étaient toutes des épouses de ministres ou de hauts fonctionnaires africains. Constance apprit que l’une d’entre elles, une Française qui paraissait fort affligée, se dépensait en démarches pour obtenir la libération de son mari africain, détenu en prison. Il avait osé faire de l’opposition. Constance frissonna, un coin du voile se soulevait sur la précarité de sa propre situation.

Cependant la petite troupe moutonnière accompagnait chaque déplacement de la Présidente. On ne parlait que de banalités. Pas question de se promener seule dans un village ou de se livrer à la moindre initiative. On aurait dit la cour féminine d’un petit potentat, ou un harem en voyage, si les harems pouvaient voyager. On s’arrêtait dans de confortables gîtes d’étapes qui avaient été construits et aménagés par des Français. Dans les jardins, on jeta à qui mieux mieux du gros sel sur la Présidente, c’était un moyen de lui assurer protection et succès. Puis dans l’entrée de la maison, quand elles furent toutes assises, alignées dos au mur, survinrent trois vieilles femmes armées de balais : des sorcières ! Elles se mirent en devoir de balayer frénétiquement le sol devant les pieds des voyageuses, dans le but d’éloigner d’elles les mauvaises influences.

Enfin on alla déjeuner dans une vaste salle. Sur de longues tables étaient disposés des plats multicolores et appétissants. Dans l’un d’eux s’arrondissait en nuage une sorte de coton blanc, c’était du fou-fou, à base de manioc.

« Pour pouvoir avaler ça, lui glissa son voisin de table, un noir américain, il faut faire passer chaque bouchée avec une gorgée de vin ! »

En effet, c’était infect. Quant aux autres mets, toutes ces sortes de légumes et de viandes aux couleurs si engageantes, ils étaient immangeables pour un palais européen. Épicés au point d’en attraper des cloques sur les lèvres ! Telle fut pour Constance l’initiation à la nourriture du pays, qu’elle ne connaissait pas encore. À la maison, elle avait tout simplement fait régner les recettes françaises, que Claudius semblait apprécier. Cela allait-il durer ? Il lui revint à l’esprit le souvenir de quelques allusions faites par lui au sujet de traditions culinaires qu’elle devrait étudier. Cette nouvelle découverte lui confirma à quel point elle était encore loin de la vraie vie africaine. En attendant, il fallait se serrer la ceinture !

Le voyage reprit dans des autos brinquebalantes aux coussins éventrés, où elle se sentait écrasée entre des masses de chair. Les vitres étaient fermées pour se préserver de la poussière soulevée sur les routes par leur caravane et, sans climatisation, on ruisselait. Aux pieds de Constance se trouvait posé un fusil mitrailleur, ils avaient une escorte armée, car il subsistait des rebelles dans la région. La jeune femme ne pouvait s’empêcher de sourire en pensant à la réflexion  que  lui  avait  faite  après  le déjeuner, le photographe  noir de l’escorte qui avait longtemps vécu à Paris :

« Il y a des gorilles pour protéger la Présidente, mais ce ne sont pas les gorilles du Général de Gaulle : en cas de coup dur, ils seraient les premiers à ficher le camp ! »

Ce photographe avait conservé quelque chose du Titi parisien !

Tandis que le voyage se déroulait, la Présidente, belle et charmante, faisait consciencieusement ses discours, accueillis triomphalement sur commande. On la comparait au Messie ! Elle parlait en faveur de l’évolution de la femme et de celle de la société en général.

Au cours des semaines qui suivirent ce voyage, Constance eut l’occasion de rencontrer des Africaines très cultivées, des diplômées en poste à la Chambre de commerce, des professeurs de lycée ayant leur licence, ou affectées à la rédaction du Plan quinquennal, etc.

Or la jeune Française se rendit compte que ces femmes avaient renoncé au mariage. Mais pourquoi ?

Elle devina plus ou moins leurs raisons, grâce à de vagues allusions. Ces personnes, si habiles dans leur métier, ne pouvaient pas compter se marier avec un Blanc… Quant à épouser un Noir… C’est sans doute qu’elles n’en voulaient pas.

« Ah Madame, si vous saviez combien j’ai pleuré quand j’ai présenté mon projet de loi !

– Lequel ?

– Contre la polygamie.

– Mais pourquoi ?

– C’est l’esclavage.

– Mais je croyais que c’était un système social comme un autre, dans lequel les femmes s’entraidaient, et que celles qui étaient âgées n’étaient jamais abandonnées.

– C’est que vous ignorez ce qui se passe vraiment. La grande polygamie est aux portes de la capitale, elle est partout. Les sultans, véritables roitelets, vivent dans de confortables maisons bourgeoises qui appartenaient naguère à des Français (à ce propos d’ailleurs, je peux vous assurer que je suis francophile) ou sont retranchés dans leurs forteresses. Le Seigneur règne comme la reine des abeilles et toutes les vierges doivent passer dans son lit pendant environ un an, toutes  en même  temps  conviées, selon  la loi du harem. C’est ce qu’on appelle un stage. Elles sont ensuite mariées d’office. Comme vous le savez, dans l’Islam, on peut avoir quatre épouses officielles et autant de concubines que l’on veut, si bien que le Sultan devient facilement père de quarante ou cinquante enfants. Quant aux concubines, chacune habite sa petite maison, dans l’enceinte de la propriété du maître, qui visite tantôt l’une ou tantôt l’autre à son gré. Chacune d’entre elles doit gagner sa vie et celles de ses enfants. Elles deviennent ainsi, d’après la coutume, sources de richesse. Quant à s’adresser au Sultan, elles le peuvent à sa cour, à condition d’être agenouillées à six mètres de distance… De même que les domestiques, qui sont des esclaves, n’ont la permission que de répondre leur maître et seulement dans la position accroupie…

– La France n’a pas pu changer ce mode de vie ?

– Elle a essayé en formant des maires et des préfets, en général excellents, des chrétiens, anciens esclaves eux-mêmes bien souvent, que la religion a libérés et qui rivalisent avec les sultans, mais l’influence de ces derniers est encore énorme et ils continuent à percevoir leurs impôts illégaux… J’étais donc la seule, termina la députée, à présenter mon projet et j’ai pleuré toute la journée à cette occasion. Ah, Madame, il faut lutter avec nous ! »

Et Constance promit, tout en se demandant   intérieurement si elle aurait la moindre possibilité de le faire. « Heureusement, se dit-elle, que Claudius est catholique. »

Les semaines s’écoulaient et elle continuait à évoluer dans le milieu de blanches mariées à des noirs. Au cours des rencontres officielles, les Européennes, épouses de blancs, étaient aimables, mais sans chercher à se lier. Un subtil mur de mépris l’entourait. Elle le perçut peu à peu, tandis que la tristesse envahissait insensiblement son âme. Par contre, dans le milieu des familles noires, la porte était grande ouverte et elle se sentait poussée pour entrer. Comme si, maintenant, elle était elle-même devenue noire.

Sur ces entrefaites son mari lui annonça qu’il devait se rendre à New York pour plusieurs mois  et qu’il était cette fois dans l’impossibilité  de l’emmener. Ce serait leur première séparation de longue durée. Avant le départ, il se montra tendre et passionné au cours de leur   dernière nuit. De bonne heure le matin, elle l’accompagna à l’aéroport, dans la limousine conduite par le chauffeur. Puis elle revint chez elle, ordonna à son cuisinier de lui préparer du thé et se recoucha moelleusement. Elle n’était pas triste. Un bizarre soulagement s’emparait d’elle : c’était un sentiment de liberté. Elle se mit à rêver agréablement à la façon dont elle allait occuper ses journées. Une envie irrésistible s’empara d’elle de se replonger dans un milieu uniquement français ou européen, de ne plus se sentir comme une étrangère totalement dépaysée, mais de retrouver les siens. À son arrivée, elle avait été très aimable avec la nombreuse famille de son mari.  Heureusement pour elle, car dans le cas contraire, toute la tribu serait venue s’installer dans sa maison, ce qu’elle avait été loin de soupçonner. Mais maintenant, elle était chez elle et seule.

Et soudain une idée lui vint pour pouvoir s’introduire dans les milieux français : pourquoi ne pas s’inscrire au club hippique ? Son mari ne le lui avait-il pas suggéré ? Le club, bien entendu, n’était pas interdit aux Noirs, mais ces derniers avaient vite renoncé à le fréquenter. Sans doute préféraient-ils rester entre eux.

Constance se rendit donc au club, qui avait été créé par un commerçant français. Il se situait un peu en dehors de la ville, au milieu des arbres, des palmiers, avec une belle vue sur les collines boisées. Il y avait une grande carrière sablonneuse, rectangulaire, entourée de barrières et de bancs pour les spectateurs, ainsi que de projecteurs pour les soirées, puisque la nuit tombe toujours très tôt dans ces régions, avec seulement une heure d’écart entre les saisons. À quelque distance, un « boucarou », hutte ronde au toit de paille, abritait un bar et une piste de danse.

Un Français de taille moyenne, aux épaules très solides, au visage équilibré et autoritaire, l’accueillit. À cette heure-là, il n’y avait qu’une ou deux personnes présentes. L’homme fut assez aimable, quoique peu disert. Il lui dit toutefois qu’un ancien sous-officier de Saumur servait de moniteur, ainsi que plusieurs cavaliers confirmés, dont lui-même, Président fondateur du club. Puis il lui montra les chevaux :

« Ce sont de petits chevaux métissés d’Arabes, très résistants. Savez-vous qu’ils peuvent rester des heures sous la pluie sans être malades ? »

Il y en avait une vingtaine, chacun dans son box. Constance les aima et les caressa. Leurs robes étaient de toutes les teintes.

« Ils sont très faciles à nourrir, poursuivit Bertrand, ce passionné d’équitation. On leur donne du maïs et des sissongos, ce sont ces hautes herbes que vous voyez là-bas. Oh, de temps en temps, il vous appartiendra de leur donner leur pitance.

– D’où viennent-ils ?

– Du nord. Les Africains les apprécient là-bas, mais les traitent horriblement mal. Et puis quand ils arrivent ici, nous devons leur apprendre à trotter, ils ne connaissent que le pas et le galop… Si vous voulez vraiment faire du cheval, poursuivit-il, vous devriez en acheter un pour vous. »

Il lui dit le prix, qui était fort modique. Elle accepta aussitôt de faire venir un cheval et d’acheter une selle, ce qui serait plus agréable que d’utiliser n’importe lesquelles au club. Et puis elle prit rendez-vous pour sa première leçon.

Ce fut Bertrand lui-même qui commença son entraînement. Elle fut enchantée, mais bientôt cela devint très dur. Les chevaux étaient tous des étalons peu commodes. Une après-midi, Bertrand lui ordonna de galoper sans étriers et elle n’y parvenait pas. Il était debout, armé d’un fouet et elle tournait autour de lui. Vraiment très autoritaire, cet homme. Il hurlait : « Constance, montez-moi ce cheval au galop ! »

Devant ses efforts impuissants, il donna un grand coup de fouet à la croupe du cheval. Celui-ci bondit. Constance, surprise, lâcha les rênes et fut projetée par-dessus la tête de l’animal, en tombant, elle alla heurter du front l’angle d’un des poteaux en béton de la clôture. Elle eut une énorme bosse.

Pour la forme, Bertrand la fit immédiatement remonter sur son cheval, puis il l’autorisa à en redescendre.

Bientôt, elle surmonta ces premières difficultés et fut peu à peu passionnée à la fois par l’ivresse d’un galop en pleine nature et par la personnalité envoûtante de Bertrand. Après l’équitation, celui-ci l’invitait avec d’autres camarades à venir prendre l’apéritif dans sa belle demeure confortable, en offrant toujours du champagne.

Au bout d’un certain temps, elle avait été bien adoptée par ses camarades. C’était une belle cavalière. Ses cheveux blonds flottaient au vent, sa taille élancée était remarquablement fine, elle était gracieuse et à l’aise sur sa monture. Elle eut donc du succès. Elle appréciait les promenades, vingt kilomètres le dimanche au milieu des forêts ou des savanes, où l’on ne voyait dépasser que la tête du cavalier au-dessus des herbes et jusqu ‘aux magnifiques « jardins d’essais », où ils avaient créé un parcours et où ils pique-niquaient. Quelles journées agréables et sans soucis, dans un paysage verdoyant et montagneux et, le soir, que d’amusement à danser dans le boucarou en face de cavaliers aux visages enfin blancs. Adieu le conformisme, la rigidité de la petite cour de la Présidente de la République.

Elle dansa avec Bertrand, elle se sentait prise, attirée invinciblement par cet homme aux yeux dorés, à la mâchoire énergique, aux traits nets et d’où émanait quelque chose de fort, un magnétisme surprenant. Une fois, dans l’ombre du boucarou, leurs lèvres se rapprochèrent, légèrement. Un trouble passager s’empara d’elle, mais elle le chassa, car elle voulait surtout s’amuser.

Ses camarades l’entraînèrent au cinéma et ne se gênèrent pas pour lui révéler les mœurs des Noirs : femmes blanches battues, qui dissimulaient sous la poudre la marque des coups, en politique,  l’adoption   de   tortures   nazies,  avec   aménagements   de   cellules   insonorisées,  les traitements inhumains infligés au chef de l’opposition jeté en prison au fond d’une fosse, le trucage des élections, car les amphores étaient remplies d’avance dans les mairies, tandis que la police quadrillait les quartiers pauvres et tabassait tout le monde avec des matraques. De pauvres bougres innocents capturés sans raison apparente et subissant le supplice de la balançoire, puis relâchés au bout d’un jour ou deux.

« Et toi, lui dit carrément un des cavaliers, tu vas dérouiller au retour de ton mari ! »

Elle eut peur d’abord, mais ne voulut pas le croire, Claudius était bon, elle chassa cette pensée.

On lui précisa que des femmes blanches mariées à des Noirs s’étaient suicidées, que la plupart de Françaises épousant des Africains perdaient leur nationalité d’origine, adieu les beaux salaires de la Mission d’Aide et de Coopération et les congés payés en France. Ces femmes cultivées en étaient réduites à la portion congrue du misérable salaire local, sans jamais pouvoir cesser de travailler, même si elles accouchaient tous les ans. Elles devaient donner leur argent, recevoir leur belle-famille, leurs neveux et nièces qui, chose étrange, n’avaient pas le droit de leur parler. En effet les enfants étaient considérés comme des êtres à part qui, par respect, devaient rester silencieux devant les grandes personnes. Ils ne pourraient converser avec leurs aînés que lorsqu’ils auraient eux-mêmes des enfants.

En entendant cela, Constance soupirait, son cœur se serrait, elle comprenait mieux sa situation, mais voulait espérer en dépit de tout, par amour.

Toutefois on aurait dit que ses amis du club prenaient un malin plaisir à la mettre sur le gril. Ils pensaient qu’elle avait fait une grosse erreur, mais que, sous peu, elle allait fort bien la réparer.

« Et quand tu seras vieille, ou déjà passablement usée, lui dit l’un d’eux, ne te fais pas d’illusions, il prendra des maîtresses noires, des jeunes que tu devras servir et tu ne seras plus qu’une concubine ! »

Pour Constance, ce fut un comble. Quand elle entendit cette phrase, le désespoir s’installa dans son cœur. Par contre-coup, elle sentit s’accroître son attachement pour Bertrand. Et puisque l’avenir s’annonçait si sombre, pourquoi ne pas boire la coupe ? S’enivrer du présent, connaître la passion et la passion avec un blanc. Oublier !

Elle se sentait libre et croyait pouvoir sans danger cueillir cette fleur éclatante. En réalité, chacun de ses mouvements était épié. Partout la suivait des yeux invisibles, ceux de la tribu de Claudius qui observait tous ses faits et gestes. Elle était gaie, suivant sa nature, très jeune de caractère et chassait les soucis. Elle n’aurait pas pu se rendre compte de la menace, d’ailleurs c’est à peine si elle pouvait distinguer un visage noir d’un autre. Et désormais, elle ne voyait plus que des blancs.

Aurait-elle pu réagir à temps ? Ses camarades du club l’espéraient-ils sans le dire ? Fuir en France ? Mais jamais les autorités ne lui auraient accordé le visa. Il aurait fallu s’adresser au consul de France, lequel détestait intervenir en pareil cas. Ces dernières hypothèses furent peut-être celles de ses camarades, mais ne lui vinrent même pas à l’esprit.

Elle se laissa emporter sous l’emprise de la fatalité. Un soir, elle resta seule avec Bertrand, dans sa maison, après une surprise-partie donnée chez lui, l’occasion d’une danse amoureuse et langoureuse. Il l’avait bien devinée et une fois les invités partis, il la guida jusqu’à sa chambre. Leur étreinte fut passionnée, emplissant le cœur de Constance d’une grande joie mêlée à une étrange douleur.

Les jours suivants, elle réfléchit longuement.  Elle finit par se dire qu’elle avait fait une grosse erreur en épousant un Africain. De son côté Bertrand était un célibataire de trente-cinq ans. Elle souhaita l’épouser. Son mari accepterait-il le divorce ? Par bonheur, elle n’était pas enceinte.

Or Claudius revint sur ces entrefaites …

Elle n’aimait plus que Bertrand. Il faudrait pourtant qu’elle aît le cran de demander sa liberté à Claudius. Elle défaillait à cette pensée, surtout à cause de tous les avertissements qu’elle avait entendus.

Ce fut lui qui suscita un tête-à-tête. Ils étaient debout, l’un en face de l’autre dans la salle de séjour, à l’heure brève du couchant et la pièce commençait à s’assombrir. En levant les yeux sur lui, elle fut stupéfaite. Il avait changé.

« Claudius, commença-t-elle, je voudrais te dire… »

Il l’interrompit, elle ne put ajouter un mot

« Ne me dis rien. Je sais tout. Tu m’as trahi… »

Constance tressaillit, à nouveau elle dévisagea Claudius et son regard était une supplication. Mais ce qu’elle vit la remplit d’effroi. Un visage fermé, glacial, des yeux qui revêtaient l’éclat du silex. À coup sûr, s’il avait l’apparence du calme, il était en réalité possédé par une rage froide, une passion terrible. Elle était en présence de la jalousie d’Othello.  Après cette découverte intuitive dont elle ne saisissait pas encore toute la portée, elle resta un instant silencieuse en cherchant désespérément un argument à lui opposer, mais il ne lui en laissa pas le temps.

« Puisque tu es ma femme et que tu m’appartiens, je te ferai subir la coutume de mon pays. »

Brusquement un éclair jaillit de ses yeux, il la saisit par le bras qu’il serra à lui faire mal, la bouscula, la poussa dans une chambre où il l’enferma à double tour sans ajouter un mot.

De désespoir, Constance réagit. Elle tambourina à coups de poings sur la porte en hurlant qu’elle voulait sa liberté. Tout fut vain. Seul lui répondit le silence. Alors elle se jeta sur le lit et se mit à sangloter ;

Les jours suivants, elle ne vit plus Claudius. Un boy inconnu d’elle lui apportait à manger muettement. Elle aurait voulu le corrompre, mais elle n’avait plus son sac avec ses papiers et son argent. Elle regardait par la fenêtre, celle-ci était trop haute pour permettre une évasion. Elle ne vit ni le petit jardinier qui était si gentil, ni le vieux blanchisseur, mais seulement des étrangers qui passaient sous la croisée d’un air rébarbatif.

Lasse de pleurer, elle se demandait avec terreur ce qui l’attendait. Elle guettait pendant des heures, surveillant la rue, espérant apercevoir un camarade du club qui pourrait lui venir en aide. Un jour, elle tressaillit de joie.  C’était Bertrand lui-même qui passait devant la clôture du jardin. Elle l’appela, lui fit de grands signes. Il la vit.

« Viens me délivrer », cria-t-elle.

Il s’arrêta et la dévisagea en silence. Puis, il fit lentement de la tête un signe négatif.

« Quoi, tu me laisses enfermée…

– Je ne peux rien », dit-il.

Et il continua son chemin sans plus attendre. C’était parce que le gouvernement appartenait aux Africains. Pour la moindre peccadille, une voiture personnelle était mise en fourrière, on était conduit au poste sous la menace des mitraillettes si l’on s’était engagé d’un pas, ne serait-ce que par distraction, dans une avenue interdite. Il fallait alors s’expliquer pendant des heures.  En intervenant dans ce scandale d’ordre privé, impliquant un très haut fonctionnaire, Bertrand risquait la perte de sa situation et l’expulsion immédiate.

Cet événement augmenta le désespoir de Constance, tout en l’emplissant de rage. Elle se demanda   si   Bertrand   l’avait   réellement   aimée.   Pourquoi   cet   homme   brave   avait-il   une conduite aussi lâche ? Elle se sentit abandonnée de tous, livrée à un sort terrible. Pour commencer, son imagination lui faisait subir la torture mentale.

Or un soir elle entendit de sa chambre un bruit de vaisselle, des éclats de voix et comme les préparatifs d’une fête. Sa porte s’ouvrit, Claudius venait la chercher. Elle lui obéit sans un mot et terrorisée, descendit l’escalier. Dans la salle de séjour, il y avait une dizaine d’Africains dans leurs costumes de fête. Des bouteilles sur la table.

Après quelques phrases d’accueil moqueuses, ils l’entourèrent, s’approchèrent doucement, puis se mirent à lui arracher ses vêtements, jusqu’à ce qu’elle soit complètement nue. Puis, malgré ses hurlements et ses luttes, ils la conduisirent dans le jardin déjà obscur et l’attachèrent à un arbre. Elle vit avec effroi qu’ils étaient armés de fouets. Ils se mirent à tourner autour de l’arbre et chacun s’approchait d’elle en lui donnant un coup de fouet. Les fouets claquaient de plus en plus fort à chaque tour de l’arbre.

Quand ce jeu sadique eut assez duré à leur gré, ils la détachèrent. Puis ils la possédèrent l’un après l’autre sans répit.

À l’aube ils l’abandonnèrent, torturée, souffrant dans tout son corps, à demi-consciente.

 

Devenue une victime, elle demeurait la proie de Claudius. Comment se remit-elle à vivre ? Par instinct de conservation. Elle n’osait plus espérer cette liberté qu’elle avait voulue passionnément. L’idée d’une évasion tournait vaguement dans sa tête comme un oiseau dans sa cage.

Et Claudius ? A ses yeux, Constance avait perdu son prestige, elle n’était plus la déesse blonde, mais seulement une femme-objet, une chose. Cela convenait à son instinct de possession extrêmement fort. Jamais il ne lui permettrait de refaire sa vie avec un autre homme, c’est pourquoi il lui refuserait toujours le divorce.

C’est à la suite de ces événements que j’avais aperçu au cinéma une jeune femme pâle, aux yeux battus.

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